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Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

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Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par Michel7034 le Mer 16 Jan 2013 - 13:11

Bonjour,

Une question qui revient et reviendra souvent, je vous préviens...


Allez-y, je vous écoute !


Dernière édition par Michel7034 le Dim 1 Déc 2013 - 20:46, édité 2 fois
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Et pourquoi pas?

Message par Manzelem le Jeu 17 Jan 2013 - 23:59

La question à laquelle on n'échappe pas, effectivement.
Et pourtant, j'ai l'impression que la réponse change à mesure qu'on me la pose et que j'avance dans mon parcours. Pas vous?

Formation oblige, mes souhaits de départs sont imprégnés d'un certain recul aujourd'hui et probablement malgré moi d'une certaine normalisation.
Voyons...

...Je crois que le contexte socio-économique dans lequel j'ai grandis m'a pas mal travaillée. Je le qualifierais de précaire, aussi bien sur le plan économique que dans l'accès à la culture, au logement, aux études... Le fatalisme des gens à cet égard m'a toujours attristée je crois. Alors j'ai voulu être maîtresse (pour apprendre aux gens qu'il fallait jamais abandonner!), puis "écrivaine" pour écrire des histoires qui leur mettraient des étincelles dans les yeux! Bon... j'ai abandonné ces idées très vites, mais, j'ai continué à me dire qu'il devait bien exister un moyen de faire bouger les gens, de leur faire prendre conscience des possibles, de LEURS possibles et d'insuffler un peu d'espoir. Je réalise l'ampleur de mes ambitions! ^^

Quelques lectures, bien des rencontres, et une ou deux expériences plus tard...je me suis dit qu'éducatrice spécialisée ferait l'affaire. Aussi j'ai choisi de me former car je voulais des solutions, des réponses, une VRAIE mallette à outils...RIEN QUE CA!

Au final? Et bien...quelques solides outils, oui... mais relatifs à souhaits! Des outils à construire et déconstruire, en fonction des situations et des personnes...des outils à s'approprier... des outils dont il faut parfois se détacher. Vraiment pas de quoi faire une mallette universelle! (et heureusement!) Et puis, un outil central à aiguiser: soi-même!

Ouf, mon diplôme ne se joue pas ici...ça fait du bien d'écrire dans ces conditions!
Merci pour la question.
J'en ai une aussi: Dans quelle mesure diriez vous de vous-même que vous êtes votre outil de travail?



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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par Michel7034 le Ven 18 Jan 2013 - 0:05

Bonsoir,

Moi qui faisais un dernier petit tour avant d'aller dormir, je tombe sur ce texte très bien écrit et plaisant à lire, merci beaucoup

J'aime beaucoup la dernière question, que je trouve très intelligente. Ce serait dommage qu'elle ne soit plus exploitée ici.

Je propose que tu ouvres un nouveau sujet sur ce thème, qui je suis sûr, apportera des réflexions intéressantes.



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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par sebhulot le Ven 18 Jan 2013 - 8:45

oula manzelem...Votre réflexion va déjà bien loin. Il est vrai que c'est un régal à lire et que ça remet plein de chose en questionnement. Ne serait ce que sur ma réponse à cette petite question.... oui, pourquoi ce métier.

Pour autant, je ne répondrai pas à votre propre question, non pas que je ne le veuille pas, mais étant donné que j'ai complètement changé de voie, je ne puis plus vraiment répondre à cela.. quoique^^

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Une réponse un peu longue... ? L'introduction d'un témoignage que j'ai rédigé sur ma propre expérience. Si je ne savais pas vraiment pourquoi je voulais être éducateur, aujourd'hui je le sais : La volonté d'être à l'oeuvre !

Message par M. le Ven 18 Jan 2013 - 16:49

Pour beaucoup le métier d’éducateur est de toute évidence un métier difficile :
« Ça doit être dur ce boulot, moi je ne pourrais pas, je n’aurais pas la patience… Il faut avoir la vocation pour faire ça… »

La langue française via le Petit Robert établit d’une part un lien entre vocation et appel divin « Mouvement intérieur par lequel on se sent appelé par dieu » et d’autre part entre vocation et inclination naturelle « une disposition, un goût, une attirance pour une profession, un état ».
Un peu plus insolites, les raisons qui m’ont un jour amené à devenir éducateur spécialisé n’ont rien à voir avec de quelconques dispositions divines. J’avais dix-sept ans lorsque j’ai rencontré une jeune fille que je connaissais vaguement pour avoir fréquenté le même collège qu’elle. Elle ne me connaissait pas davantage, et pourtant, tout en conversant de choses et d’autres, elle m’a assuré qu’elle « me verrait bien éducateur ».
À cette période, je ne savais même pas que ce métier existait et lorsqu’elle m’en a expliqué les contours, je me le suis représenté comme un travail de pion ; en internat.
Je trouvais sympa l’idée d’être payé à surveiller et protéger des enfants, mais j’en suis resté là.
Je n’ai jamais su pourquoi cette femme m’avait fait cette remarque ; non pas faute de lui avoir demandé des explications, mais tout simplement parce qu’elle était incapable de m’en fournir.
Un an ou deux après cette entrevue, j’ai croisé la route d’une autre jeune femme qui m’a affirmé elle aussi qu’elle « me verrait bien éducateur » tout en étant à peu près aussi incapable d’en dire davantage.
Mon ego et ma curiosité attisés par ces voyances féminines, j’ai pris au sérieux leur mystérieuse conviction et je suis devenu éducateur ; un peu grâce au hasard des représentations et des rencontres.
Depuis, j’ai plaisir à penser que ma vocation personnelle est peut-être d’être là où les femmes me « voient bien ».
Mes trente-trois années de pratique éducative en internat m’ont permis de partager des instants de vie avec des centaines d’enfants et leurs familles et cette expérience professionnelle m’a effectivement conduit à affronter plusieurs situations violentes ou insupportables, désarmantes et difficiles.
Comment accueillir un enfant de cinq ans à l’heure du coucher pour respecter la décision du Procureur de la République qui a prononcé un placement en urgence car le beau-père du garçon venait de tuer son petit frère âgé de quelques mois avec une batte de base-ball ?
Pas facile d’être partagé entre le dégoût ou la haine pour l’acte et la personne qui l’a commis et la bienveillance impuissante pour ce petit bout qui arrive porteur d’une situation qui nous laisse momentanément démunis.
Il est douloureux de prendre en pleine figure la souffrance de cette jeune fille à qui nous annonçons le décès de sa maman, avec tout ce que sa situation comportait de non-dits, de non rencontres et de sentiments d’abandon et je ressens chaque fois la même émotion en relisant la lettre qu’une jeune fille dont j’étais l’éducateur référent m’avait envoyée : « Mon problème, c’est que mon père est mort et mon beau-père est mort. Et je me sens seule, même avec ma mère et mes deux frères et mon chat. Ce n’est pas assez pour moi, ça me dérange. Merci de ton aide. »
Il est effectivement difficile d’être face à un enfant d’une dizaine d’années qui hurle sa souffrance, qui crie en avoir marre de sa vie et désirer mourir ; qui nous impose ses colères, sa violence et ses injures.
Comment l’apaiser et l’amener à accepter nos appuis, notre écoute, nos propositions, mais aussi notre fermeté éducative ?
Comment parvenir à obtenir la confiance d’enfants meurtris ; parfois abusés sexuellement, parfois battus ; parfois les deux, parfois livrés à eux-mêmes, face à la violence familiale, à la violence du quartier, à la loi du plus fort ; parfois tout simplement perdus dans une histoire familiale faite d’insécurités multiples et successives ?
Comment nous immiscer dans leur vie, porteurs d’une mission d’accompagnement et d’autorité alors qu’ils n’ont pas demandé à nous voir, que nous ne sommes pas leurs parents et qu’ils n’ont pas toujours envie de nous livrer leur histoire :
« T’es pas mon père, t’as rien à me dire »
« J’m’en bats les couilles de s’ putain de foyer »
« Vous êtes des voleurs d’enfants »…
Pas simple de trouver spontanément les bonnes réponses et d’adopter une position éducative pertinente et immédiate, car les situations nous touchent, nous bouleversent, nous remuent de l’intérieur, nous fâchent ou nous inquiètent parfois. Il faut du temps et une réflexion en profondeur pour être à juste distance ; pour ne pas être submergé par le ballet des émotions ou des affects que les situations dégagent.

Mais lorsque je pense aux visages sereins que nous croisons quotidiennement, aux éclats de rire, aux larmes qui cessent, aux signes d’affection qui se manifestent à la moindre occasion, je ne peux m’empêcher de penser que je fais le plus beau métier du monde.
Les échanges sont confiants et chaleureux avec les « anciens » que nous croisons dans la rue ou ceux qui viennent nous rendre visite, parfois accompagnés de leurs propres descendants, ceux que nous rencontrons à la sortie de l’école et qui nous présentent à leur progéniture en des termes toujours touchants.
Bien que leurs propos soient parfois menaçants : « tu vas voir, je vais te mettre au foyer pour quelque temps et ils vont te faire écouter là-bas », ils concluent en affirmant que malgré les dysfonctionnements, malgré les « pétages de plomb » passagers et malgré les difficultés rencontrées, et bien qu’il symbolise la douleur de l’échec et de la séparation, le placement représente pour eux une des meilleures périodes de leur vie sinon la meilleure.
Ces paroles chaleureuses et élogieuses nourrissent à leur façon les retours qui donnent l’envie et la force de continuer, elles sont une forme d’évaluation qu’on ne pourra jamais réduire à des cases et à des chiffres.

S., mère de famille, a aujourd’hui trente-quatre ans. Voici comment elle raconte sa propre histoire :
« Au foyer, j’ai trouvé ce que c’était la confiance et l’apaisement.
Certains éducateurs et éducatrices m’ont aidée et écoutée pour cela.
J’en voulais à ma mère, ils m’ont aidée à comprendre son parcours et le mien aussi. Je pensais que tout le monde était mauvais, mais avec l’approche de certains éducateurs, je comprenais petit à petit les choses de la vie…
À ce foyer-là j’y étais bien, un petit groupe, petits et grands ensemble, on aurait dit une grande famille…
J’ai plus de bons souvenirs que de mauvais et j’aimais bien les éducateurs de mon groupe, il y avait une bonne ambiance, des joies, des peines, franchement j’étais bien entourée…
J’ai gardé une chanson en souvenir qu’un éducateur nous faisait écouter lorsque l’on n’était pas bien…
On rigolait souvent, on faisait des activités, on parlait, c’est toutes ces choses quotidiennes qui nous rendaient heureux…
Il y avait une complicité entre des éducateurs et nous dans le respect et la confiance, ils nous faisaient rire. C’est cela qui m’a rendue heureuse…
J’aimerais aussi dire que mes référents ne sont ni ma mère ni mon père, ce sont des éducateurs. Ce sont eux qui m’ont élevée, j’ai grandi dans ce milieu et maintenant je n’oublierai jamais ces éducateurs qui m’ont donné du bonheur et du soutien… de cœur…
J’étais heureuse, encadrée par des éducateurs qui savaient me comprendre, m’écouter et m’aider dans les moments de détresse…
Pourtant je sais que leur boulot est difficile, surtout lorsque l’on est devant des adolescents révoltés par leur situation familiale, qu’il faut gérer… rester serein et dialoguer sans cesse…
Je voudrais dire aussi qu’il y a des éducateurs qui aiment leur boulot, à fond, c’est des jeunes comme moi et d’autres qui s’en rappelleront… pourtant on leur doit rien à ces “éducs” et bien moi je voudrais les remercier pour tout…
Pour eux c’est peut-être peu de choses, pour moi c’est grâce à eux que j’ai avancé… alors merci du fond du cœur de m’avoir supportée… C’est à vous que je pense et que je n’oublierai jamais… »

M allait quitter l’établissement après y avoir passé cinq années de sa vie, en compagnie de sa sœur et de son frère.
Sa situation familiale s’était suffisamment adoucie pour que les enfants puissent retourner vivre auprès de leur père.
Voici la lettre qu’elle a souhaité nous lire dans la ferme auberge où nous avions choisi d’effectuer notre sortie de fin d’année et où nous fêtions leur départ à elle et sa sœur :
« Tout d’abord je vous remercie pour avoir été patients avec moi.
Pendant ces cinq longues années, vous m’avez apporté beaucoup de joie et de bonheur, même si ça n’a pas toujours été facile.
Votre bonne humeur m’a beaucoup apporté dans mon moral et grâce à vous j’ai beaucoup changé et je me sens mieux.
En gros, je voulais vous dire que vous allez tous et toutes me manquer. Je viendrai souvent vous voir. »

Au moment de son départ, M avait griffonné sur un petit bout de papier qu’il m’avait donné avec le cadeau que sa maman avait acheté pour l’équipe afin de nous remercier pour notre travail :
« Pourquoi tu es gentil ? Ca me fait du bien, tu sais toi je te souhaite bon courage. Merci. »

Comme tous les enfants, L. avait refusé l’idée du placement. Elle l’avait vécu comme une déchirure et une sanction. Dans la même ferme auberge, son placement prenant fin, nous lui avons demandé ce qu’elle avait à dire sur les mois qu’elle avait passés en notre compagnie. Sa courte réponse fut à l’image de cette jeune fille observatrice et malicieuse : « Je voudrais vous dire merci parce que vous m’avez appris à réfléchir. »

Dans son livre « Le métier d’éducateur spécialisé » datant de 1976, René Hebert évoque déjà de sa place et à son époque les difficultés de notre profession :
« L’éducateur a maintenant un diplôme, il bénéficie en général d’une convention collective et il se considère comme un professionnel. En réalité, il n’est pas toujours à l’aise avec son identité. La formation qu’il reçoit ne répond pas toujours de façon satisfaisante à l’attente des pouvoirs publics et des citoyens. Ces derniers le paient avec les deniers de l’état pour avoir la paix avec les marginaux, les asociaux, les handicapés ou autres déviants.
Répond-il aux besoins des clients ?
… tout cela n’est pas fait pour établir solidement le statut de ce travailleur social dont la tâche n’est pas très bien définie et dont la production est remise en cause régulièrement
…Malgré cela l’éducateur peut-il continuer sa tâche ? Certainement pas très longtemps dans les conditions actuelles
... Quant à l’avenir, nous avons timidement essayé d’en rêver. L’étau des diverses circulaires et projets de loi tend à limiter l’augmentation des effectifs en éducateurs spécialisés et à museler expériences et recherches. » (pages 11 à 16)

Trente-trois ans après, voici ce qu’en dit Michel Chauvière dans son ouvrage « Trop de Gestion tue le Social » (Alternatives sociales, La découverte, p. 7) :
« Dans le vaste domaine de l’action sociale, quelque chose d’essentiel est en train de changer. Alors que les inégalités se creusent, que des tensions sociales nouvelles apparaissent, avec un retour inquiétant de la pénalisation des plus pauvres, une bonne partie de ce secteur, celle tout spécialement dédiée aux redistributions et aux organisations de solidarité, se transforme en profondeur.
Des pans entiers du dispositif institutionnel commencent à changer discrètement de finalité. Devenue pensée unique, l’idéologie néolibérale est désormais assez incorporée au social pour que des entrepreneurs malins y fassent déjà des affaires, tout spécialement dans les secteurs les plus rentables.
De leur côté, certains intervenants cherchent à transformer leurs pratiques en profession libérale. Tous acceptent par avance que la symbolique et la sanction du marché s’introduisent au cœur du “social en actes”.
Sans être encore généralisés, ces phénomènes s’observent du côté de la prise en charge des personnes âgées dépendantes, des personnes handicapées, de la petite enfance, des enfants à protéger, des mineurs délinquants, mais aussi dans le domaine du soutien scolaire à domicile, de la formation, etc.
La liste n’est pas arrêtée. »

Semblable aux autres entreprises par son organisation pyramidale où chacun occupe une place dans une dimension hiérarchique, notre contexte professionnel est comme tous les autres secteurs soumis aux tensions et changements sociopolitiques. Mais il est par ailleurs et comme dans chaque catégorie socioprofessionnelle soumis à la subjectivité des uns et des autres, aux traits de personnalité de chacun.
Lorsque l’ambition, la volonté de décider, de commander et d’être chef ou l’amour du pouvoir sont au service du travail des uns et des autres et qu’ils œuvrent au respect des lois, des missions et des personnes, et lorsqu’ils sont régulés par l’institution, il se peut qu’aucun problème ne surgisse et que tout soit pour le mieux. Lorsque ce n’est pas le cas, le véritable difficile s’installe.
Mon expérience professionnelle m’a amené à rencontrer de nombreuses situations dont je souhaite parler aujourd’hui pour mettre en relief les représentations courantes et la réalité d’un terrain ; celui où je pratique. Mes propos feront apparaître les réels obstacles auxquels nous avons à faire au quotidien et dont les enfants et leur famille ne sont en rien les responsables, mais bien souvent les victimes. Mon récit concerne un lieu d’expérience donné, celui d’un internat géré par une association qui administre trois établissemnts intégrés dans le dispositif de la protection de l’enfance. Il ne peut donc proposer une vision générale des choses. A chacun d’y retrouver ou pas les éléments de sa propre réalité professionnelle.

Afin de situer le plus clairement et le plus justement possible les problématiques de notre exercice, il m’a semblé nécessaire dans un premier chapitre de détailler les tenants et aboutissants d’une décision de placement avant d’en évoquer le quotidien dans un deuxième.

Concernant la difficulté des choses d’une manière universelle, je me permets simplement de penser que tout n’est pas pour le mieux dans ce qui n’est pas le meilleur des mondes qu’il nous reste à construire, pour chacun et pour tous. Sommes-nous à l’œuvre?


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Si seulement...

Message par Manzelem le Ven 18 Jan 2013 - 16:54

Vos commentaires me font plaisir. Smile
J'ai toujours envie d'aller plus loin dans la réflexion et c'est peut-être là ma plus grande difficulté en formation.
Voyez combien je suis longue et bavarde! Les idées s'éparpillent... et au final je manque de clarté.
Peut-être serez-vous à travers nos échanges, d'une aide précieuse. Wink

Michel7034, je penserai à reposter ma question, bonne idée! Et toi, quelle est ta réponse?

Sebhulot, pas de réponse non plus?
Oh, ben c'est dommage!

Lancer le bal... mais danser toute seule... Crying or Very sad


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Construire et déconstruire...

Message par Manzelem le Ven 18 Jan 2013 - 16:59

M. Je dois admettre que je n'ai pas le courage de lire ta longue réponse pour l'heure. Je le ferai un peu plus tard.
L'idée que tu nous donnes un morceau d'écrit me séduit peu. La question est ici posée dans un contexte autre et il aurait été intéressant (il le serait..), que tu reformules, avec d'autres mots. L'exercice est aussi peu simple que constructif, il me semble.

Quoiqu'il en soit merci de ta réponse, que je lirai plus tard avec attention.

Et enchantée, par ailleurs.
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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par sebhulot le Ven 18 Jan 2013 - 18:07

Sebhulot, pas de réponse non plus?
Oh, ben c'est dommage!

Oula, c'est parce que ça va me prendre du temps.... Je prépare cela et je poste ma réponse, promis!.... curieuse va^^

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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par Michel7034 le Ven 18 Jan 2013 - 18:09

Bonsoir,

Merci M. pour ce long message plein d'émotion et d'expérience...
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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par Michel7034 le Ven 18 Jan 2013 - 18:16

Manzelem a écrit:

Michel7034, je penserai à reposter ma question, bonne idée! Et toi, quelle est ta réponse?


Bonsoir,

Dès que tu auras créé la discussion, je tenterai d'y répondre, mais c'est vachement complexe, va falloir chauffer les neurones !
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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par Michel7034 le Ven 18 Jan 2013 - 18:43

A mon tour...


A l'âge de 16 ans, âge minimum légal pour pouvoir travailler comme étudiant en Belgique, c'est naturellement posé la question pour moi de travailler pendant le mois d'août (juillet = vacances familiales),surtout que je voulais m'acheter une guitare électrique et que ma mère voulait que je continue à jouer du piano classique (ce que finalement je fais toujours, j'ai arrêté la guitare entretemps, mais çà n'a rien à voir, je m'égare!)

Un copain proposa à notre groupe de potes de suivre la formation de moniteur de plaine de jeux, car « on pouvait fumer pendant les cours !». Cà y était, on nous considérait enfin comme des adultes !

Lors de cette année de formation (cours le samedi + stages pendants les « petites » vacances scolaires), j'ai appris pas mal de techniques d'animations.

Au mois d’août, j'ai été immédiatement engagé dans la plaine de jeux où j'avais réalisé mes stages.
J'avais déjà, à l'époque, la chance d'être assez grand, et du coup, j'avais la responsabilité des ados de 12-14 ans (je n'en avais que 16!). Je suis pas sûr d'avoir été très éducatif, ni très mature, mais j'étais motivé, je préparais mes animations et ça fonctionnait plus ou moins.

Et donc l'année d'après, j’enchaîne la formation suivante et me voilà à 17 ans avec le diplôme de «directeur de plaine de jeux » ! (Je vous rassure, j'ai continué à travailler comme... moniteur pendant les vacances.)

Pendant cette deuxième année de formation, j'ai fait la connaissance d'un vieil (40 ans quand même) éducateur. Lui est devenu directeur de plaine de jeu... Lors des stages, nous avons longuement discuté et il m'a transmis sa passion du métier.

J'obtiens en parallèle mon bac (cela ne s'appelait pas comme cela à l'époque) et entame une année de ... droit que je rate avec grande distinction, car il ne m'a fallu que quelques mois pour me rendre compte que ce n'était pas ma voie.

Me voilà donc inscrit à l'école d'éducateur de ma ville, et sans concours, vive la Belgique.
J'y ai fait la rencontre de Patricia7034, avec qui je me suis marié ensuite, pour le meilleur et le meilleur (elle risque de me lire, faut que je fasse gaffe)

Ensuite service militaire et entrée dans la vie professionnelle.
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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par Freyja le Ven 18 Jan 2013 - 19:24

Suite au message de Manzelem...

Ton positivisme et ta façon d'être que je peux "imaginer" est touchante est VRAIE Manzelem
Ca fait du bien et rassure, en ces temps embrumés par l'individualisme...

Ce qui est regrettable, à mon sens, c'est que ton texte et ta réponse à cette question seraient peut-être mal perçus face à un jury. Et pourtant, il n'y a pas plus humain et sincère qu'une envie profonde de s'investir par vécu, à mon sens.

Je le vis à travers l'association de prévention en espace festif qu'on a monté avec une amie, basée sur l'auto-support et la santé communautaire. On nous a jugé et on continue de nous juger car d'apparence on ne fait pas aussi "carré" que des professionnels dans des CAARUD (centres d'accueil, d'accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues).
Et pourtant... le public nous dit avoir plus de facilité à venir parler de leur consommation avec des personnes comme nous, car ils seront sûrs qu'ils ne seront pas jugés. Du coup, on éveille chez eux des réflexions autour de leur rapport avec le produit, et on crée d'autres liens par le biais de l'espace-temps "festif", qui ne pourraient pas forcément émerger au sein d'une structure. Après, ils ont la liberté de mener leur barque, avec ou sans rame ... mais ils le font comme ils le sentent, sans restriction, en sachant que quelqu'un leur proposera une rame au cas où Razz

Et avec la complémentarité de nos compétences et celles des structures, j'en viens à souligner l'importance du savoir-être et du savoir-faire qui composent notre entité d'éducateur.
Notre savoir-être, c'est pas en école qu'on va nous l'apprendre. Il évolue au gré de nos expériences de vie, nos remises en questions et y mêle l'affect qu'on diabolise tant en école.
Notre savoir-faire s'apprend par le biais de la théorie et de nos expériences de terrain.

Ta réponse mérite d'être considérée comme un réel gage d'implication. C'est pas du calqué et j'espère qu'il y a plus d'examinateurs qui y sont sensibles que l'inverse Smile

Suite au message de M. ...

Sacrée expérience qui mériterait une section "partage de vie d'éduc" ou quelque chose du genre ( Miiiicheeeeeel Smile )

SUite au message de Michel...

Waouh! La concrétisation suprême, c'est beau ^^

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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par Freyja le Ven 18 Jan 2013 - 20:23

En ce qui me concerne ...

Au lycée, j'ai passé un bac L pour me tourner vers le beau métier de prof de français à l'étranger : l'Espagne, le soleil, le chorizo, les supers horaires sunny
Une fois le bac en poche, direction donc la fac pour faire une licence en langues, littérature et civilisations étrangères. Deux années plus qu'enrichissantes tant sur le niveau théorique qu'humain.

Entre temps, avec une amie on a monté une association de réduction de risques en espace festif KORZEAME et plus je faisais d'interventions, plus je me rendais compte que j'étais plus faite pour le social que pour le scolaire.
Mes études étaient belles, mais financièrement c'était moins beau Smile grosse remise en question sur mes projets, la façon dont j'allais les réaliser et les moyens...
J'ai donc dit "adios amigos" à la fac et je suis allé bosser comme auxiliaire de vie en maison de retraite (influencée par "C'est arrivé près de chez vous" peut-être Razz ), puis auxiliaire de vie à domicile.

Dans KORZEAME, le militantisme est inné. On est un fruit de la révolte ^^
Que ce soit sur la législation des rave-parties à la reconnaissance des consommateurs de produits, les élus que je rencontrais nous prenaient tellement pour des pigeons... quand on se radine avec un texte de loi justifiant notre présence sur un terrain autorisé et qu'un gendarme répond :" la loi c'est moi, remballe ton papier vous dégagez", la haine monte doucement... quand on a des copains séropositifs qui ont des traitements lourds et que le soin des conséquences de la maladie est considérée comme du "luxe" et n'est pas remboursé, on se demande dans quel monde on vit... quand on voit des aide-soignantes éteindre les sonnettes des ptit vieux qui appellent trop souvent et en avoir un qui a failli y passer sans que ça se sache, ça révolte ... et le reste, alouette !

Des minorités qui ne sont pas si peu au final. C'est pour elles que j'ai voulu m'investir "professionnellement". Pour essayer de leur montrer qu'on ne les regarde pas qu'au travers de leur difficulté. Que leur personne ne sont pas leur problème.
ET aussi pour calmer mes révoltes, bah oui, un peu de "réparation" que diable ! (mouahahah)

Mais les révoltes, j'ai appris et j'apprends encore que si certaines se calment, d'autres se soulèvent... el pimiento en la vida !



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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par Patricia7034 le Ven 18 Jan 2013 - 21:30

Une histoire d' R

A la sortie de mon bac, je voulais être eRgothérapeute (Réeducation par le tRavail)
Mes parents n'étaient pas d'accord car pour eux, c'était une voie sans issue. Ils préféraient la logopédie (orthophoniste), donc Rééducation du langage.
J'ai donc entamé ces études mais je n'ai pas réussi ma première année.
Maman m'a donc annoncé qu'elle avait envisagé de me financer 3 années d'études supérieures au maximum, il ne m'en restait plus que deux, donc pas de possibilité de recommencer la première logopédie.
J'ai donc abandonné un R et suis passée de Rééducation à Éducation et j'ai entamé mes études d'éducatrice spécialisée qui en ce temps-là, M'sieur Dame, se faisaient en deux ans !
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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par Manzelem le Sam 19 Jan 2013 - 11:19

Ce samedi matin enneigé s'est trouvé propice pour moi, à la lecture de votre récit...captivant!
Un élan au départ simple et naturel, et tout au long de votre carrière, une humanité certaine. Celle-ci ne manque pas cependant de s'allier à votre professionnalisme, et c'est tout a fait ainsi que j'ai plaisir à m'imaginer la "résistance". De bien "petites" résistances diraient certains...et si c'était ça? Si c'était toute cette humanité préservée et cette manière que vous avez d'écrire et de dire l'Autre. Résister à son propre égo parfois, à ses positions un peu narcissiques, à sa tentation de toute puissance... Si résister c'était aussi s'approprier les outils nouveaux sans les substituer aux "outils" personnels qu'on s'est fabriqué soi-même, indicibles pourtant... Je ne sais si c'est ainsi que vous vous définiriez, car je sais que le terme de résistance est à manier avec prudence et ne fait pas l'unanimité. Celà fera peutêtre l'objet d'un autre sujet...

En tout cas merci. Vos mots me font du bien et m'encouragent pour la suite M.
Smile Smile
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Message par Manzelem le Sam 19 Jan 2013 - 12:33

Merci Freyja pour ces remarques que j'ai lues avec beaucoup d'attention!
Merci également pour ton expérience qui encourage et à la fois prévient: être engagé c'est possible mais pas de tout repos!
Bravo!
Ma réponse à la question est peut-être incomplète. Je tentais ici de retranscrire l'élan premier et naturel qui m'a poussée vers ce métier. Mais je crois comme toi que ce sont des réponses un peu risquées devant un jury. En tout cas, elles ne me semblent pas pertinentes, pour défendre une pratique, même si elles en disent long sur mes valeurs et donc mon éthique. Aussi, elle ne sont jamais vraiment apparues et n'apparaîtrons pas ainsi dans le contexte "formation".

Pour répondre mieux à la question, du coup...

Après mon bac en 2007, je me suis orientée en école de commerce et gestion, me destinant à la "Ressource Humaine". L'appellation était séduisante et moi j'étais naïve.. Au bout de 6 mois, j'ai arrêté! J'étais outrée de ce que j'y apprenais...
J'ai néanmoins pu y réaliser un stage en usine de production, où j'ai fait tout sauf ce que j'étais censée y faire! Non aux inventaires et à la gestion des stocks... mais alors, apprendre aux ouvriers intéressés, comment utiliser l'ordinateur pour chercher les infos dont ils avaient besoin, (droit à la formation, fongécif...)... ca, ca m'a plu!
Après avoir quitté cette école, j'ai du travaillé pour m'assumer financièrement. Je ne pouvais pas rentrer chez mes parents.

J'ai obtenu un poste d'assistante d'éducation dans un lycée professionnel agricole. J'avais à peine 19 ans, les élèves entre 15 et 21... (je comprends donc ce que dit Michel plus haut...). Surveillance de jour et d'internat. Aide au devoir. Mais aussi..;ce que j'ai adoré ce sont les heures de permanence, que les élèves investissaient particulièrement: nous avions réussi à en faire un espace de discussion autour de thèmes comme l'exclusion scolaire, les conflits entres adolescents, ...tout un tas de choses qui leur tenaient à coeur. Dans le même temps, mes lectures et mes rencontres avec des travailleurs sociaux m'ont permis de confirmer une idée que je me faisais déjà: je voulais être éducatrice spécialisée. (avec toutes mes représentations, bien sur).

Je voulais aussi partir. Partir de La Réunion, mon département d'origine.
J'ai intégré une école préparatoire conventionnée avec l'outremer, en Normandie. J'y ai passé 9 mois durant lesquels j'ai rencontré des travailleurs sociaux de tout bords, fait un stage en MECS, participé à des actions dans un CADA et dansun Samu Social (maraudes).
Tout celà m'a permis de construire une forme de pratique proche de l'accompagnement éducatif, malgré de nombreuses maladresses et un manque d'appuis théoriques et méthodologiques certain. J'ai réalisé qu'en tant que future éducatrice, je m'apprêtais à accompagner des personnes ayant une identité propre, une personnalité, une histoire, des représentations, des émotions, des angoisses souvent, une souffrance parfois, mais aussi des attentes, des besoins, des désirs, des contradictions, des sensibilités.
Mes émotions et ma spontanéité dirigeaient mes actes et cela me paraissait trop subjectif, trop maladroit, trop incertain. J'étais mal à l'aise avec l'instauration quasi automatique d'une relation de dépendance entre la personne que j'avais aidée et moi. J'avais l'impression presque de me rendre indispensable auprès de personnes qui me semblaient fragiles. Etre adulée, admirée, sollicitée sans arrêt...quoi de mieux pour l'égo? Et pourtant, sans vraiment me l'expliquer, je trouvais cela malsain, et souhaitais plus que tout me former. C'était une nécessité!
L'objectif était de trouver des moyens de sortir de ce mode de relation, sans renoncer à ma volonté de faire prendre conscience aux gens de leurs possibles, impulser de l'espoir, de la confiance en soi et en les autres...

J'ai passé les concours dans 4 régions de France. Je les ai eus. J'ai opté pour la belle Franche Comté...
C'était il y a 3 ans.

Voilà..
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Réponse à Manzelem

Message par M. le Dim 20 Jan 2013 - 1:51

J'entends bien ta demande. Alors pour faire simple, je dirai que si je suis devenu éducateur c'est à cause de ou grâce au hasard deux rencontres (deux femmes à des périodes différentes et dans des contextes différents) qui m'ont affirmé qu'elles "me verraient bien éducateur". Et bien elles avaient raison alors que j'ignorais tout de cette profession... Pas de vocation à l'appui, juste une immense découverte qui m'a permis d'être à l'oeuvre, là où j'aime, comme j'aime, là où je me sens utile, là où quelque chose se passe dans le registre de l'humanité... Humanité malmenée, bafouée, reléguée... Du lien, de l'écoute, du questionnement, du sens et l'avènement de l'empathie.
Des larmes qui se transforment en sourires, des questions qui ne restent pas sans réponses... Mon humanisme personnel s'est enrichi de toutes les rencontres que m'ont autorisé ce travail.
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Post Scriptum

Message par M. le Dim 20 Jan 2013 - 2:27


Le texte que j'ai rédigé se nomme "La Vocation du Difficile"... D'où l'introduction où apparaît immédiatement la question du difficile... Si l'envie d'en lire plus vous tente, je suis partant. Que l'"âme" de l'éducation brûle toujours ! Seule réponse aux problèmes de l'humanité.

« Je suis redevable à tous les membres des groupes avec lesquels j’ai travaillé …, aux amis avec qui des échanges ont été possibles, aux maîtres que j’ai eu la chance de connaître et de reconnaître…, bref, à tous ceux qui tentent d’œuvrer là où ça vit, aime, hait, pense et souffre et qui essayent de rester fidèles à l’exigence éthique sans laquelle “l’excellence humaine” s’effiloche.
Je l’écris pour tous ceux qui n’ont pas renoncé à sauvegarder et à promouvoir une haute idée de l’humain, à travers leurs activités et qui veulent poursuivre l’effort, jamais achevé ni programmable, qui s’appelle “penser”.
Je l’adresse à tous les artisans du culturel qui travaillent dans l’ombre, qui investissent pour que ne tarisse pas la source d’une réflexion occupée d’autre chose que de l’utilitaire, qui se demandent comment rester justes à l’égard d’autrui, comment maintenir des valeurs qui permettent à la fois le renouvellement et la pérennité de la spécificité humaine, protéger les plus faibles et lutter pour que la Cité soit habitable et vivante. »

Charlotte Herfray La psychanalyse hors les murs
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Bon choix

Message par M. le Dim 20 Jan 2013 - 2:31


"J'ai opté pour la belle Franche Comté..."

Ma région natale ! C'est vrai qu'elle est belle... Simple, authentique et abordable...
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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par M. le Dim 20 Jan 2013 - 2:36

Michel7034 a écrit:Bonjour,

Une question qui revient et reviendra souvent, je vous préviens...


Allez-y, je vous écoute !

En tous cas les réponses affluent donc elle reviendra ou pas ! En tous cas Michel, merci d'avoir créé ce site où il n' a pas de "Maître ou de mettre à penser". Vaya !
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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par makhno le Dim 20 Jan 2013 - 5:51

Mes études étaient belles, mais financièrement c'était moins beau Smile

Ben moi, j'ai fais ce boulot pour le fric!

Plus sérieusement, c'est le hasard qui m'a fait débuté il y a maintenant 33 ans.
J'étais auparavant vendeur et je n'avais pas l'envie de recommencer après mon service militaire. Petits boulots, petites conneries, petits dérapages, puis un copain me propose un remplacement.
Bof, pas trop envie de bosser mais un mois seulement...
C'était en mars 1980, et j'y suis toujours.
Formation ensuite, puis encore et encore alors que je haïssais l'école qui ne voulait plus de moi à 16 ans.
Mais là où j'ai le plus appris et où, d'ailleurs je continue d'apprendre c'est auprès d'eux. Ces usagers, ces "pris en charge", ces personnes qui avec leur vécu, leur volonté de vivre, me permettent que moi aussi je continue à vivre.

Enfin, vivement la retraite quand même!
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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par sebhulot le Dim 20 Jan 2013 - 9:56

Bon, une fois n'est pas coutume, je vais tenter de faire vite (arrêter de rire les anciens!!!^^)

Première expérience dans le social à 21 ans, dans un IR (institut de rééducation, devenu depuis les ITEP) : très dur, équipe pourrie qui frappe les gosses et de ce fait, des gosses qui me menace avec des couteaux.... Pris de panique, je quitte l'institution en me disant : "jamais pour moi!".

Alors s’enchaîne une vie ou mon diplôme de technico commercial ne me sert à rien : VRP en encyclopédie, vendeur de véhicule d'occasion, et enfin mon premier emploi stable manager pour Mac donald's.

Deux ans et demi après mon entrée chez Mac Do, je tombe sur une offre d'emploi pour devenir officier dans l'armée de terre avec un contrat de 5 ou 8 ans. Je fais les épreuves d'admissibilité, je suis admis et je signe pour 8 ans.

Je passe sur ces 8 années pas toujours facile, mais qui m'ont permis de rencontrer les assistantes de service social des armées avec qui j'ai sympathisé et qui, au moment de la fin de mon contrat m'ont dis : "pourquoi pas vous reconvertir dans le social?"

Je fais rapidement un peu de bénévolat dans un foyer de vie pour adultes vieillissant en situation de handicap mental et je trouve une vois qui ne me déplais pas du tout....

Je tente donc les concours, que je réussis et me voila entrer à l'IDS de Rouen pour ma formation d'ES.

Dans l'entremise de tout cela, je me suis marié et à la fin de ma formation j'ai trois enfants adorables, mais turbulents (qui a dis comme le père???!!!).

Puis, lors de ma dernière année, je me rends compte que l'emploi social autour de Rouen est plutôt bouché. Je cherche donc une porte de sortie. Je passe alors une année de galère à cumuler les remplacement de courte durée dans des postes pas toujours adaptés et de ce fait, je me décide à utiliser mon atout militaire : "le recrutement par le biais des emplois réservé".... ta daaaaaaaaaa!!!!!

Et me voila dons un beau matin à Paris devant les grands pontes de l'administration pénitentiaire à tenter de leur prouver que je suis fait pour la fonction publique pénitentiaire.

Après quelques semaines de stress, je reçois la réponse : "c'est oui!!!!!!!^^

Donc depuis le 3 septembre me voila à Agen (alors que ma famille est à Rouen) pour suivre la formation de conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation. Et voilaaaaaaa^^

Je vais récupérer le journal de bord que j'ai rédiger sur l'autre fofo pour le mettre ici et partager avec vous ce moment très particulier.

Bon, j'espères que ma réponse vous ira, même s'il n'y a pas trop d'explication sur le pourquoi et que ça peut paraître pour du hasard....sauf qu'il n'y a jamais de hasard^^

_________________
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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

Message par elya le Lun 21 Jan 2013 - 21:38

Merci pour toutes ces réponses empreintes de sincérité, d'authenticité et de partage.

De mon côté, j'ai toujours voulu devenir instit'. J'adorais l'école, j'y prenais beaucoup de plaisir et je voulais transmettre cet intérêt que je lui portais. La transmission, déjà. Comme beaucoup de jeunes, j'ai passé le BAFA à 17 ans. La hasard a fait que je l'ai passé avec les CEMEA mais surtout avec des formateurs passionnés par l'animation, l'éducation et une certaine vision de la pédagogie : la pédagogie institutionnelle. Une fois mes certitudes d'anciennes "colonne" envolées, j'ai découvert que faire passer des vacances extraordinaires à des enfants, ça passait par l'entrée en relation, le regard qu'on porte sur l'autre et surtout sur la place qu'on lui donne. L'adulte que je suis, la professionnelle que je suis devenue est née là-bas, quand j'avais 17 ans, quand les principes de la pédagogie active m'ont été exposés.

S'en sont suivis 7 étés et vacances de Pâques, à accueillir des "gamins de banlieue" en pleine campagne, sur un lieu idyllique et parfaitement adapté à notre manière d'envisager ces vacances. J'ai adoré me découvrir, me construire, me gourer, me rattraper, bref, me sentir plus que jamais vivante. J'y ai fait des rencontres passionnantes, notamment un collègue anim' qui est depuis quelques années maintenant mon partenaire de vie et accessoirement éduc' ! En échangeant avec tout ce beau petit monde, psys, instits, éducs en devenir, j'ai stoppé mes études d'anglais qui me destinaient à devenir instit' et ai passé le concours d'éduc'. Un seul concours, sans réelle préparation, en dehors de mon vécu, de ce que j'ai pu en tirer et surtout de mes tripes. Ca l'a fait, trois ans d'étude et me voilà éducatrice spécialisée.

Le hasard a de nouveau frappé une fois diplômée et c'est auprès du public handicapé que j'ai réellement appris mon métier, pendant trois merveilleuses années au sein d'un foyer, d'une équipe et d'une direction dynamiques et volontaires. C'est là-bas que j'ai compris que je ne pourrais jamais envisagé mon métier comme une simple boulot. Je suis une passionnée, avec l'aspect négatif que ça peut comporter, mais je me soigne ! Par contre, j'espère pouvoir m'investir toujours aussi pleinement. Tout simplement parce que avec les adultes comme les enfants, chaque rencontre a été riche d'apprentissages, d'enseignement, de beaux moments partagés. Et puis le plaisir de transmettre est encore et toujours là, notamment au travers de l'accueil des stagiaires.

Dans l'attente d'un nouveau poste stable, pour de nouveau apprendre, transmettre, m'impliquer et rencontrer !
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Réponse a sebhulot

Message par Manzelem le Lun 21 Jan 2013 - 21:54

sebhulot a écrit:
Je tente donc les concours, que je réussis et me voila entrer à l'IDS de Rouen pour ma formation d'ES.
L'IDS de Canteleu: mon premier concours! On aurait pu se croiser, tiens!
Mais j'ai quant à moi voulu quitter la Normandie... bien qu'elle soit une région très charmante!

sebhulot a écrit:Bon, j'espère que ma réponse vous ira, même s'il n'y a pas trop d'explication sur le pourquoi et que ça peut paraître pour du hasard....sauf qu'il n'y a jamais de hasard^^

Voui-voui. Merci M'sieur pour la réponse! Jamais de hasard, mais pas toujours d'explications, hein?! ;-) J'aime à croire que tout ne s'explique pas!


Merci pour ce topic: c'est GENIAAAL de vous lire, tous!
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Impulsion!

Message par Manzelem le Mar 22 Jan 2013 - 20:34

Cette discussion et toute l'énergie que chacun de vous y a mise, m'a donné l'élan nécessaire pour me lancer dans l'écriture de mon Dossier sur la Pratique Professionnelle! MERCI MERCI ! En avant touuuute!!
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Re: Pourquoi avez-vous choisi de faire ce métier éducateur ?

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