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L'éducateur face à la mort

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L'éducateur face à la mort

Message par Michel7034 le Lun 4 Fév 2013 - 18:01

Bonsoir,

Avez-vous déjà été professionnellement confronté à la mort ?

Si oui, dans quelles circonstances ?
Comment avez-vous vécu cela ?
Avez-vous été soutenu ? Par qui, comment ?




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Re: L'éducateur face à la mort

Message par sebhulot le Dim 10 Fév 2013 - 9:23

plusieurs fois d'ailleurs, mais de façon indirecte. Je travaillais à l'époque au samu social et j'ai appris (à plusieurs reprises.... malheureusement) le décès de certains de nos "protégés" (tel que le dis la présidente de l'asso^^).

C'est donc de façon assez distante que nous prenions la chose. Nous ne le voyions pas directement et donc, pas trop dur de passer la dessus.

Maintenant, j'ai aussi un passé de militaire responsable de la cellule d'aide aux familles, cellule qui est aussi activée en cas de crise, j'ai de ce fait était soumis aux familles et aux amis de personnes décédées dans l'exercice de leur fonction. (le plus jeune avait 19 ans et venait tout juste d'entrer dans l'institution, j'étais d'ailleur responsable de sa formation et j'ai suivi les pompier durant une heure et demi ou il sont tentés de le ranimer.....).

Donc, certes pas une habitude, mais un certain recul avec la mort qui ne m'effraie pas, mais ne me fait pas non plus perdre tous mes moyen.

Voila, une réponse faite avec les enfants qui courent autour de moi et ne me laisse pas une minute, donc pas forcément très bien rédigée... désolé.

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Michel7034 le Dim 10 Fév 2013 - 16:53

Bonjour,

La première fois que j'ai été confronté à la mort, en temps qu'éducateur, c'était deux ans après avoir commencé à travailler.

Cela a été un vrai choc pour moi, car je n'étais pas préparé à cela.

Jamais, lors de mes études, cette éventualité n'avait été envisagée. Nous étions toujours dans une logique d'évolution, d'apprentissage, d'animation...

De plus, le résident qui est décédé ce jour là n'était pas malade. Il était parti tout heureux en visite quelques jours chez une vieille tante. Un enchainement d'événements malheureux a fait le reste.

J'étais un des seuls éducateurs à avoir un très bon contact avec lui, et j'ai vécu un réel deuil.




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Re: L'éducateur face à la mort

Message par elya le Dim 10 Fév 2013 - 18:56

Comme toi Michel, au bout de deux ou trois ans en tant que professionnelle, j'ai été confrontée à la mort, non pas d'un résident, mais du père d'une résidente dont j'étais référente. Résidente fuyante, discrète, autonome, bref qu'on peut vite oublier. Parents toujours à scruter le moindre détail de notre intervention mais qui en même temps ne nous laisse aucune marge de manœuvre. Pour elle comme pour eux, cela nous aura pris du temps pour avoir confiance les uns en les autres et commencer à construire ensemble. Mais on y sera parvenu !

Monsieur a eu un cancer du pancréas, foudroyant, entre l'annonce du cancer et son décès, à peine deux mois. Madame, complètement désemparée, s'est énormément reposé sur la directrice du foyer (infirmière de formation initiale) et moi-même : de l'annonce de la maladie à l'annonce de la mort de son père, nous l'avons soutenue comme on pouvait. Nous sommes allés à l'enterrement, avec certains résidents qui tenaient à être présents pour leur amie. Finalement, Madame ne tiendra pas le coup et fera un malaise en sortant de l'église, après de multiples suffocations, gémissements, pleurs tout au long de la cérémonie. Arrivée des pompiers. Impossible de continuer l'enterrement jusqu'au cimetière. Je crois n'avoir jamais vu quelqu'un exprimer autant son malheur que cette femme ce jour-là.

A peine rentrées au foyer, ma directrice est partie chez elle sans dire un mot à personne. Elle qui a été infirmière en soins palliatifs, qui a dirigé une maison de retraite, elle qui avait perdu bien des proches. Moi, jeune professionnelle, "quasiment" jamais confrontée à la mort "qui touche", j'ai quitté ce jour-là le boulot, livide, et ai eu besoin d'un bon remontant avec mon amie-collègue pour me déverser.

Non, tu as raison Michel, on est pas préparé.

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par mancuso le Dim 19 Mai 2013 - 10:22

je viens de passer mes oraux pour entrer en formation... la psy m'a demander ce qui selon moi serait le pus dur dans le metier... ( enfin je ne me souviens plus exactement de la tournure de la phrase...) et donc je lui ai dit que la mort d'une des personnes dont j'assurrai le suivi, sous ma responsabilité (par exemple un enfant suivi en AEMO, ou une femme violentée... en gros un echec de mesure de protection) serait pour moi le pire. elle m'a demandé comment je pensais réagir à une telle eventualité: difficile a dire... j'ai seulement dit que j'étais rassurée de savoir que qoi qu'il arrive je serai dans une équipe, avec la possibilité de debrifer, d'etre aidée par une psy comme elle, que mais que tant que je ne serais pas vraiment dans la sitution en esperant ne jamais l'etre), je n'avais pas de réponse à lui donner...

quelqu'un s'est-il déja retrouvé dans une telle situation? comment avez-vous réagit ?

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Michel7034 le Dim 19 Mai 2013 - 21:22

Bonsoir,

Tu sembles vouloir faire le lien entre le fait que tu si assures le suivi (mesure de protection) tu deviennes automatiquement responsable du décès du bénéficiaire.

C'est plus complexe que cela, non ?





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Re: L'éducateur face à la mort

Message par mancuso le Lun 20 Mai 2013 - 9:28

oui effectivement c'est plus complexe... dans le cas d'un deces suite à de la violence physique, on n'est pas directement responsable du drame, il doit toujours avoir un moment ou l'on se demande ce qui aurait pu etre mis en place pour eviter cela? qu'est ce qui a pousser le "tueur" a tuer, était-ce prévisible? est-ce qu'il y avait des signes précurseur qui n'ont pas assez été entendus et pris en compte... assez vite etc?
malheureusement de tels drames arrivent... quand on voit les statistiques de mortalité d'enfants et de femmes par maltraitance, c'est terrible....
quand on travail dans la protection de l'enfance ou des femmes battues par exemple, on entre dans leur cercle familial, ce ne sont plus juste des stats...
j'ai perso un assez grand detachement par rapport à la mort, de nature fataliste , pour moi elle fait partie de la vie. mais je me questionne, et espere ne jamais me retrouver dans une telle siuation surtout si il y avait des signes précurseurs, et que la lourdeur du systeme ait empéché de mettre les mesures de protections necessaires en place à temps pour empecher le drame ...

biensur, il y a aussi les morts accidentelles, suite à une maladie, vieillesse... celles-ci, même tout aussi "douloureuses" me font moins peur...

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Michel7034 le Lun 20 Mai 2013 - 11:07

Bonjour,

Maintenant, suite à tes propos plus nuancés, je rejoins ton avis.

J'ai "vécu" plus ou moins directement entre 25 et 30 décès depuis le début de ma carrière.
Je n'ai heureusement pas vécu de mort par violence comme tu le décris dans la première partie de ton intervention

Dans mon ressenti, les deuils suite des décès accidentels ou des maladies fulgurantes (infarctus, cancers foudroyants) sont plus difficiles à entamer car on ne s'est pas préparé à la disparition.

Dans le cas d'une mort "de vieillesse", si la personne ne manifeste pas de souffrance que l'on ne peut tenter d’atténuer, l'entourage a le temps de se préparer, de dire au revoir et d'accepter ce qui est finalement une réalité très naturelle.

Un de mes collègues nous a rappellé, lorsque nous trouvons la mort injuste, de nous poser la question de savoir ce que deviendrait la vie sur terre si plus personne ne mourrait...



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Re: L'éducateur face à la mort

Message par makhno le Mar 21 Mai 2013 - 21:08

Depuis que j'ai débuté, il aurait été bien étonnant que la mort ne se soit pas invité sans qu'on lui demande.
J'ai vu, entre autre, un résident se laisser mourir. Rien de ce qui a été tenté à cette époque n'a pu empêcher l'issue. Que se soit les psy, les médecins, rien ni personne.
Le plus difficile n'a pas été notre impuissance face à cette lente agonie mais l'inhumation. Cette personne était sous tutelle, or cette mesure s'arrête avec le décès du majeur protégé. Son argent s'est donc retrouvé bloqué chez un notaire en attendant la succession.
La famille étant peu connue de nos service et éloignée, l'inhumation à eu lieu sans qu'elle ait pu être avertie.
Donc, pas de famille au cimetière.
Pas d'argent de débloqué pour la cérémonie, donc pas de caveau même tout simple de prévu.
Une dizaine de personnes présente, trois employés des pompes funèbres et direction le fond du cimetière dans le "carré des indigents".
Même le temps était triste et le crachin qui tombait avait transformé le terrain en boue argileuse qui collait au chaussures.
Nous marchions au milieux de tombes qui étaient simplement recouvertes de terre et dont le tour en bois était en partie démonté. Il nous était difficile de savoir si nous piétinions des sépultures ou si nos pas suivaient bien l'allée.
Je dois dire que le retour au foyer avec les deux résidents qui l'accompagnait était silencieux. Je crois qu'au delà de la douleur de perdre un copain, ils étaient anéantis de la façon dont cela s'était déroulé.
Cela a été ensuite repris mais les images me sont restées.

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par mbottollier@yahoo.com le Ven 14 Juin 2013 - 22:31

Je n'ai connu la mort qu'en maison de retraite, où j'ai bossé quelques temps. La mort, en elle-même, n'est pas un problème pour moi. Ce qui me gêne, c'est la souffrance qui la précède parfois. Quand certain(e)s résidents passaient plusieurs jours difficiles avant de mourir, c'était affreux. Et comme ils s'en doutaient souvent, j'étais désemparée. Je ne savais pas s'il fallait en parler avec eux, et je ne savais pas comment. C'est ça, la plus grosse difficulté à mon goût. On me disais de ne rien dire. J'ai réalisé plus tard que je n'étais pas d'accord avec ça du tout, mais je n'osais rien dire à l'époque (p'tite employée en CDD non qualifiée...). Comment prendre en charge les angoisses de mort, quand elle approche, et d'ailleurs même bien avant?

A l'Arche, on vient d'avoir une formation sur la mort. C'est une éventualité à prendre en compte. On n'a abordé (pour le moment) que le thème du deuil pour les autres personnes accueillies. C'est un sujet passionnant. Les personnes accueillies créent elles-mêmes les rites, cérémonies, hommages, ou  quoi que ce soit qui leur fera du bien. En fait, il suffit d'être attentif à leur demande, et d'accueillir leurs paroles. Il est très important de les impliquer dans cet évènement, de leur permettre  de "marquer le coup", de réaliser. Ils doivent pouvoir voir la personne décédée au funérarium, partager un temps de prière, un temps communautaire dédiée au défunt, aller à l'enterrement... Et puis, ils doivent pouvoir se souvenir...
On est toujours seul face au deuil, mais les autres peuvent mettre des cailloux au milieu de la rivière, pour nous aider à la traverser...

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par makhno le Jeu 27 Juin 2013 - 11:46

Bonjour.
Il y a une mort qui au boulot a posée beaucoup de questions. Il s'agit de celle du cadre socio éducatif qui est mort un ou deux ans après avoir pris sa retraite d'une façon assez soudaine.
Ce cadre avait débuté comme éduc dans les établissements en 1970 environ. En 1975 la direction lui donne la responsabilité du foyer d'hébergement où il y reste jusqu'en 1998, date de son départ en retraite.
Le jour de son départ il organise un pot de départ en invitant tous les anciens résidents qui souhaitent venir.
Avant de franchir les portes, il lance à la cantonade: "Maintenant, j'ai fini, vous ne me reverrez plus!".
Il faut dire que son logement de fonction attenant au foyer ne lui laissait que peu de vie privée et il était content de pouvoir enfin respirer.
Il y a eu des larmes de versées, à nous de les essuyer!
Sa femme travaillait également mais comme éduc au foyer.
Vers le milieu de l'année 2000 il décède suite à un cancer foudroyant. Lorsque la direction a apprit cette nouvelle, ce fut un peu le branle bas. En effet, une personne présente dans les établissements pendant une trentaine d'années a logiquement tissé des liens affectifs, que ce soit avec le personnel comme avec les usagers.
Il fallait donc, d'après la direction, mettre en place ce qu'on appelle maintenant une cellule d'aide psychologique, essentiellement pour les résidents du foyer. Nous, on est grand on assume!
Or, bizarrement personne n'a éprouvé le besoin de rencontrer les psy ou les éducs qui étaient rappelés ce jour pour faire face.
La seule et unique personne que j'ai vu pleurer ce jour, c'était une résidente qui avait lié un lien étroit avec sa femme et qui, à juste titre, pleurait le départ prochain de cette femme car :"maintenant que son mari est mort, elle ne va plus venir travailler et je ne la reverrait plus."
Actuellement, certaines personnes parlent encore de ce chef de service mais je ne sens pas vraiment d'émotion. Est-ce à dire qu'il était déjà mort pour eux lors de son départ en retraite ou qu'il n'était vu par les résidents que comme un professionnel qui logiquement s'en va, ou bien leur parcours de vie d'enfant puis d'adulte abandonné fait qu'ils sont maintenant blindés?
Je n'ai en tout cas pas de réponse à ce jour.

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Pirlouitte le Sam 21 Déc 2013 - 16:10

Bonjour,

très vite j'ai été confronté à la mort, un usager à fait une crise cardiaque, j'ai dû le réanimer et attendre les pompiers! ils ont pris la relève mais il est mort! j'ai vraiment eu du mal avec cela!je n'osais plus m'endormir! Pour ma part, c'était la difficulté de faire le deuil mais celui de voir et toucher un mort!
je n'ai pas franchement été soutenue! j'ai moi même consulté pour aller mieux et comprendre et depuis ça va :-)

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Michel7034Mobile le Sam 21 Déc 2013 - 16:52

Bonjour,

Je prendrai le temps de te répondre ce soir après le travail car j'ai vécu des situations similaires

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Michel7034 le Sam 21 Déc 2013 - 20:53

Bonsoir,

J'ai eu l'occasion à quatre reprises de pratiquer une réanimation.

Deux fois à mon travail des suite d'arrêts cardio-respiratoires sur étouffement par fausse déglutition. Une troisième comme secouriste-plongeur et une dernière sur une voisine qui s'était suicidée.


Les trois premières ont été une totale réussite, puisque j'ai réussi à les réanimer et elles se sont bien remises. Ce qui soit dit en passant amène une satisfaction assez euphorisante !

Par contre, pour ma voisine, je n'y suis pas arrivé. Il faut avouer qu'elle s'était pendue, ouvertes les veines, avait pris des médicaments et de l'alcool.

L'image de la dépendaison m'a hantée quelques temps, et mon épouse encore plus, car avait du défaire la corde pendant que je soutenais la malheureuse.

Avec le temps, le souvenir s'est heureusement adouci.

Je me suis dis que l'on avait fait ce qu'on pouvait, et que l'on avait rien à se reprocher. d'autres seraient rester figés ou auraient fui. On a agi, c'est déjà pas mal.

Au travail, je précise toujours : on a une obligation de moyens, pas de résultat...

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Aurélie05 le Sam 28 Déc 2013 - 18:58

C'est certain qu'il faut du soutien en cas de décès d'un patient / résident... Face à certains de vos récits je me dis que l'on est pas toujours assez soutenus en tant que travailleur social...
Jusqu'à présent je n'y pensais pas trop, je me suis dit que j'arriverais à prendre de la distance et que mon but était de les aider à mieux vivre leur handicap, à leur faire passer de bons moments, sans penser à la suite... Mais aujourd'hui je me rends compte que c'est bien plus complexe que ça. L'affectif rentre en compte. Je vois certains patients diminuer à cause de leur maladie / handicap... Je connais l'issu, je sais que ça arrivera mais pour certains je pense que ce sera plus tôt que prévue. J'essaie de faire un travail sur moi-même pour avoir plus de recul, pour évacuer car c'est stressant. Une patiente avec qui je m'entends bien, dont je m'occupe depuis octobre quasi tous les jours a énormément diminuer, son état empire de jour en jour et les étapes sont tellement rapides... Elle le vit mal, qui le vivrait bien? Les médecins ne connaissent pas cette maladie et ils sont pessimiste. Pour le moment elle tient le coup mais je tiens à être prête le jour où on m'annoncera sont décès... Cela me fait du bien de voir un post tel que celui ci car, comme plusieurs le dise nous ne sommes pas prêt et pas forcément soutenu... Une collègue a été confronté à un décès. Les responsables se sont contenté de l'appeler PENDANT une intervention avec une patiente pour lui annoncer le décès! Ils n'ont pas proposé d'aide, ni de soutien, rien... Et ça a été la patiente qui a dû la consoler! Plutôt que de la convoquer pour en parler en face à face et proposer du soutien...

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Galicie le Sam 19 Avr 2014 - 22:18

Hello,

Référente ASE depuis 11 ans, la mort fait partie de notre vie, et de la vie des enfants protégés.... Je crois que j'en suis à mon 9eme parent décédé....donc 9eme décès à annoncer....Aucune formation pour ce faire, juste notre sensibilité, nos croyances ou pas, notre tact ou pas, bref on doit se démerder comme on peut...Aucun soutien de l'institution, c'est notre "quotidien"....Par contre présence ++++ des collègues, de l’équipe, et ça c'est précieux Smile

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par sebhulot le Dim 20 Avr 2014 - 20:53

Premier décès dans le cadre de mes suivis judiciaires.....
Un coup de tél : "Allo, le SPIP, je suis la fille de M. XXXXXX, il ne viendra pas à sa prochaine convocation...."

Moi : "HA bon? Il devra me justifier de son absence par un autre rendez-vous plus important."

La fille : "Oui, je vous envois le certificat de décès dès que je l'ai."

Moi : "heu..... d'accord, merci ..... au revoir..... Et toutes mes condoléances......"

Un drôle de moment, car je l'avais vu quinze jours ou trois semaines avant, il allait super bien........

Autre histoire, en stage à la prison de Rouen, j'appelle un détenus avec qui j'avais rdv. Le surveillant ouvre la porte de sa cellule et cri très fort en entrant dedans.
Le détenus avait pris tout son pilulier (comme d'hab pourtant), mais cette fois ce fut fatal. Il était allongé sur son lit, la tête vers le mur, avait vomit son repas et était mort dedans........ Il avait 35 ans et était plus attardé, que adepte du grand banditisme.....

J'ai crié aussi pour demander au chef de détention d'appeler les flics et les pompiers.... mais trop tard........

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Michel7034 le Lun 21 Avr 2014 - 7:49

Bonjour
Fin de matinée, nous avons rendez vous avec le prêtre pour organiser les funérailles d'un résident, le quatrième sur un an.

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par sebhulot le Lun 21 Avr 2014 - 11:15

Perso, je me dis qu'ils ont beau être des détenus ou repris de justice, ils n'en sont pas moins des hommes et de ce fait, le DC est toujours difficile. Mais à presque 40 ans et plus de 20 ans d'expériences diverses et variées (dont militaire...), j'en ai vu et j'ai appris à prendre de la distance.......


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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Fossette le Lun 21 Avr 2014 - 18:45

Bonjour,
Je viens de voir que ce sujet existe, et il me touche pas mal à cause d'une expérience que j'ai vécu non pas en tant que professionnelle (vu que je ne suis pas encore diplômée...) mais au cours de mon dernier stage en prévention spécialisée.
C'était en février de cette année, 5 jeunes rentraient de Belgique dans une voiture qu'ils avaient acheté à plusieurs pour environ 200€. Sur les 5, 4 étaient mineurs. Le chauffeur et le passage juste derrière lui sont morts et les trois autres sont partis à l’hôpital pour des blessures plus ou moins graves mais dont ils se sont sortis.
Le jeune passager était un jeune que j'accompagnais depuis juin de l'année précédente, avec qui je suis partie en séjour, et qui a une place importante dans mon mémoire. Pendant plusieurs jours j'avais l'impression d'être "zombifiée". C'était un vrai choc même si on savait qu'il se mettait en danger en trainant avec ce groupe, on n'avait jamais imaginé un truc pareil.
Par l'association, une psychologue a pu venir pour en discuter avec nous et nous aider à surmonter ça pour être capables d'accompagner les familles.
Le plus terrible, pendant les jours qui ont suivi, c'était les jeunes qui venaient au local. Je ne saurais dire combien exactement, mais au fur et à mesure du temps nous avons appris qu'au moins une dizaine d'entre eux aurait pu être dans la voiture. Le jeune à l'arrière avait gagné sa place au chi-fu-mi...
Aujourd'hui mon stage est fini, je ne reverrai sûrement plus les familles, mais je m'en rends compte que je n'étais absolument pas préparée à un évènement de ce genre.
L'essentiel pour l'équipe a été d'être présente sur le quartier.

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par makhno le Mar 22 Avr 2014 - 14:05

Bonjour.
Actuellement, pas de décès. Malgré tout, la mort est présente, surtout auprès de l'équipe, par le biais de l'ouverture de "conventions obsèques".
Comment faire pour demander aux personnes que nous accompagnons de souscrire à cette convention.
Ne sommes nous pas en train de projeter notre propre angoisse de la mort sur eux?

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Michel7034 le Mar 22 Avr 2014 - 19:06

Bonsoir,

Nous avons eu les mêmes inquiétudes lorsque nous avons du aborder la question de conventions obsèques avec certains résidents (à la demande de la famille).

Et bien, j'ai été étonné de la facilité qu'ont eu ces personnes à émettre leurs volontés. En fait, elles y avaient déjà pensé, savaient ce qu'elles voulaient, mais n'en avaient jamais parlé.

Par contre, parfois, il a fallu confronter ces volontés avec des réalités parfois plus difficiles à accepter, comme plus de place dans un caveau familial par exemple.

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Hornet le Jeu 24 Avr 2014 - 17:31

Pour ma part j'y ai été confronté sur mon lieu de stage de 3ème année. Sur deux semaines nous avons reçu a plusieurs reprises un Mr pour une demande de mise à l'abri. Nous assistions à sa souffrance lors des entretiens, nous avons évoqués plusieurs choses dont des hospitalisations, il devait d'ailleurs si rendre. C'était un Mr dont les différentes ruptures se sont faites très vite même elles devaient être sous jacentes depuis un moment; perte d'emploi, séparation entrainant la perte du logement. Nous avons appris son suicide le lundi matin. 

Les questions viennent nous percuter, avons nous été suffisamment disponible? Qu'est ce que nous n'avons pas vu? Comment éviter que cela se reproduise? 
La situation a été évoqué en réunion de service pour que chaque membre de l'équipe, s'il le souhaite, puisse en parler. Le lien a également été fait vers la psychologue de la structure.

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par Jessouille le Sam 26 Avr 2014 - 20:17

Je suis en 2e année d'éducateur spécialisé, et cela fait plus de 2 ans que je travaille en tant que remplaçante dans un Foyer d'accueil médicalisé.
Lors de ma première année de remplacement, j'ai vécu 5 décès ..
Les 2 premiers m'ont affectée, bien que je n'avais connu que peu les résidents.

J'ai travaillé a temps plein les 6 premiers mois, en attendant que ma formation commence. Je me suis très attachée en particulier à un résident. Il ne communiquait pas verbalement mais Il avait le sourire quand il me voyait, et cela me procurait une sensation de réussite, presque de fierté. Hélas, son état s'est dégradé, il a été hospitalisé, j'ai été le voir très souvent .. Puis il est décédé. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je savais que je n'avais pas mis de barrière avec lui. J'étais vraiment très attachée.. Je me suis pris une claque, clairement. L'équipe éducative a été présente, et savait que je portais ce résident dans mon coeur.
Quelques jours après, un autre résident est décédé.. à l'âge de 20 ans .. Brutalement. Horrible .. Une période dont je me souviendrais toujours..

Aujourd'hui, j'essaye de prendre du recule. Je sais que j'ai déjà beaucoup changé et évolué. Je me suis forgée une carapace.

Ce n'est pas facile, et c'est pourquoi je compte faire mon tfe (mémoire) sur le deuil , la mort et les personnes handicapées. C'est un sujet qui me ressemble, et de plus, c'est un moyen de me rappeler ce que tous les résidents ont pu m'apporter dans ma vie professionnelle ...

Voilà ma petite expérience !

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Re: L'éducateur face à la mort

Message par christelle44 le Jeu 26 Juin 2014 - 19:10

Depuis que je suis toute petite, j'ai quasiment toujours accompagné des personnes âgées. Quand j'allais voir ma grand-mère, j'allais ensuite dire un petit bonjours à sa meilleure amie qui habitait en face, ma mère faisait des ménages, je l'accompagnais et parfois je parlais avec la petite grand-mère pendant que ma mère nettoyait, adolescente c'est tout naturellement que j'allais proposer à quelqu'un de l'aider à traverser, parler quand j'allais acheter du pain... Mon mari a fait de même de son côté, et quand il m'a dit qu'il allait voir une grand-mère qui était l'amie de sa maman, je l'accompagnais.

J'ai toujours voulu changer le monde, personne ne devrait mourir seule. Et comme j'aimerais pouvoir changer le monde, l'année dernière j'ai rejoint les petits frères des pauvres car il y a plein plein de possibilité si on s'investit. Je suis entrain de monter une équipe d'intervention pour le pôle gériatrique où apparemment personne ne va (plus de ligne de bus). J'aimerai pouvoir réunir de temps en temps les maris et les femmes, qu'on aille chercher le conjoint pour qu'il rende visite à sa femme ou inversement, mettre en place des petites animations. Je ne vais pas changer le monde, mais les petits frères me donnent le moyen de le faire à mon échelle. Je les adore, ce sont des personnes vraiment avec un grand coeur.

Mais je m'éloigne du sujet.

J'ai donc très souvent croisé la mort, mais surtout la vie. Pour moi la mort n'est pas la fin mais le commencement. Le corps ne suit plus et pourtant quand on leur parle, on peut voir une étincelle qui s'allume. Même si on ne comprend parfois plus ce qu'ils nous disent, la vie brille dans leur regard. Quand on peut leur parler et qu'ils comprennent c'est un enrichissement au niveau humain qui n'a pas de prix.

Récemment j'ai accompagné une grand-mère 94 ans... elle était agressive, mais c'était parce que le personnel soignant ne prenait pas le temps de l'écouter parce que sincèrement elle avait toute sa tête. Je sais qu'ils font tous ce qu'ils peuvent. Mais ce qui m'interpelle c'est quand j'entends qu'ils ont "tant de minutes" pour laver et mettre en pyjama... on parle d'être humain. J'ai dû mal à croire que des avs ou amp ait choisi de faire ce métier simplement pour faire des toilettes ou apporter à manger. Elle était donc devenue agressive, se débattait, ne se laissait pas faire et s'isolait.

Mercredi j'ai participé à un café de l'éthique, le thème était "bientraitance-bienveillance" et l'animatrice soulignait l'importance de donner du temps à l'écoute. Que ce n'était pas du temps de perdu. On peut très bien écouter, tout en pratiquant les soins techniques ; et rien n'empêche de les faire en douceur. Et de poser aussi des questions ouvertes ne pas dire "alors Mme x, vous avez bien dormi, je vais vous...". Essayer d'avoir un vrai échange avec la personne.

Mais bon, elle prêchait une convaincue. Et je confirme, quand j'ai commencé à l'accompagner cette vieille dame n'était pas "gentille" et répétait "je veux mourir, laissez moi mourir". Et progressivement, elle a accepté ma présence, que je l'emmène en bas avec les autres résidents, et vers la fin elle ne bouclait plus sur "je veux mourir" mais "merci de venir, vous êtes mon rayon de soleil". Et je lui répondais, "mais vous n'avez pas à me remercier, c'est moi qui devrait vous remercier, vous êtes quelqu'un de formidable et j'apprécie beaucoup de parler avec vous". J'ai aidé le personnel soignant à la mettre en pyjama aussi, elle répétait "ça fait mal ça fait mal, j'en peux plus pitié", et je lui répondais "je sais, je suis désolée, mais ils sont obligés de vous mettre en tenue, cela va aller"...

Et un jour elle s'est éteinte. J'avoue, j'ai un peu pleuré mais cela ne dure pas longtemps. Les petits frères offrent la possibilité d'assister à un groupe de parole mensuel pour parler, mais je n'en ai jamais éprouver le besoin. Quand je commence un accompagnement, je me dis que j'accompagne une personne qui à déjà "bien vécu" et qu'elle attend maintenant la mort, et que la mort sera pour elle un soulagement. Alors quand la mort arrive, je sais que c'est ce qu'elle attendait. Et si la mort est arrivée "plus vite" alors qu'elle ne le demandait pas, les personnes que j'accompagne sont très souvent bien bien âgés. Je sais que même s'il n'était pas prêt à "partir", il/elle a été heureuse et c'est ce qui compte.

On ne choisit pas l'heure de sa mort, il n'y a pas d'âge pour mourir, dès fois la mort emporte même des bébés. Les personnes que j'accompagne ont eu "la chance" d'avoir une vie. Ils en ont fait ce qu'ils ont voulu, mais ils ont vécu.

Par contre, sincèrement, je vivrais je crois plus mal d'accompagner un enfant jusqu'à sa mort. J'accompagne dans la vieillesse, c'est pour moi dans la continuité, dans le processus normal de la vie. Un enfant... ce n'est pas normal, c'est une injustice. Je pourrais pleurer longtemps pour un enfant, mais pas pour une personne que j'accompagne. Surtout que bien souvent ces personnes attendent ce moment. Réussir à leur redonner le sourire pour les aider à supporter leur quotidien est un enrichissement personnel qui n'a pas de prix.

Tout à l'heure, je suis allée voir une vieille dame, diabète de type 2, elle n'a plus de jambes, ses bras sont serrés tout contre elle, elle arrive difficilement à tendre la main, elle parle à peu près ou en tout cas elle essaie. Et je vois son état qui se dégrade continuellement. Le HAD m'a prévenu que maintenant le moindre mouvement pouvait faire lâcher son coeur, et c'est une vraie leçon de vie. Quand on est sur le seuil de la pièce son visage est fermé, et quand on entre son visage s'illumine. Et elle est toujours gaie, toujours souriante. C'est une vraie leçon de vie.

Mais je m'attends à ce qu'elle parte du jour au lendemain, et je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas, je me suis pas particulièrement attachée à elle. La vérité est que je me demande si j'aurais ma larme. Je me remets alors en question parce que je me demande si je me "durcis" ? et je ne veux pas me durcir. C'est ce qui me permet d'apporter de la chaleur dans le coeur des gens que j'accompagne.

Je sais donc que je participer à un groupe de paroles ou appeler une salarié (psy) pour parler avec elle. Mais je n'en ressens pas le besoin. Je pense que je suis assez forte, et j'ai plutôt peur de croiser des bénévoles qui "s'effondre" d'avoir perdu la personne qu'ils accompagnent. Par rapport à mon ressenti personnel... il y aurait un trop grand écart, je crois que ce serait un manque de respect de ma part. Je crois qu'à l'intérieur je deviens vraiment "dur", pas forcément de coeur Smile .

Cela me fait dire que faire de l'accompagnement auprès de personnes âgées oui, je peux le faire. Mais si je le faisais en permanence, je ne pense pas mais je sais pas si je ne deviendrai pas comme ces personnels soignants qui travaillent à la chaîne pour laver et mettre les résidents en pyjama.

Au début je ne disais rien, mais j'avais un jugement très dur vis à vis des soignants. Si on oublie que les personnes âgées sont "humains", on en perd notre humanité.

C'est la raison pour laquelle au niveau professionnel, je ne souhaite pas travailler auprès des personnes âgées. Je veux garder cette joie que je ressens quand je vois le visage de la personne que j'accompagne s'illuminer quand elle me voit.

Maintenant, c'est mon expérience en tant que bénévole... je ne suis pas éducateur spécialisée  Wink 

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